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Ferrières et Chambrais

Ferrières et Chambrais.

Nous avons vu figurer dans la constitution de douaire de la duchesse Judith ces deux communes dont l'histoire est à peu près inséparable. Elles ne sont point citées au contraire dans la charte de fondation de l'abbaye de Bernay, de sorte qu'on peut supposer qu'au moment où cet acte fut rédigé, elles étaient déjà concédées à l'illustre famille qui les a possédées pendant sept siècles. Au moins dès l'époque d'anarchie qui suivit immédiatement le départ du duc Robert pour la terre Sainte en 1035 , Vauquelin de Ferrières , le premier seigneur de ce nom dont l'histoire nous ait conservé le souvenir , livra-t-il à Hugues de Monlfort , fils de Toustain de Bastembourg un combat dans lequel l'un et l'autre périrent. Il est probable qu'on le trouve sous le nom de VUASCELINUS parmi les souscripteurs de la charte de fondation de l'abbaye de Bernay, et que Guillaume, fils de Wascelin qui souscrivit en 1050 une autre charte de Guillaume-le- Conquérant en faveur de St.Evroult, qui était son fils. Henri de Ferrières, vraisemblablement frère de ce Guillaume, suivit son souverain en Angleterre et reçut de lui en 1070 le château de Tutsbury dans le Staflbrdshire. Il fut la tige des Ferrières ou Ferrers d'Angleterre; son fils Robert 1er. Fut fait comte de Derby par le roi Etienne. Ce titre de comte de Nottingham restèrent dans la famille jusqu'en 1265, époque où le roi Henri III en dépouilla Robert, son septième descendant. Les barons Ferrers de Chartley , de Groby , d'Okeham et de Wemme, les comtes Ferrers , vicomtes de Tamworth , encore existants , descendent aussi de Henri de Ferrières.

En Normandie, Guillaume de Ferrières, probablement fils de ce Guillaume que nous avons indiqué ci-dessus et neveu de Henri, fut l'un des plus fidèles serviteurs du malheureux Robert Courteheuse. Lorsque ce prince assiégeait Courcy en 1091, Guillaume t'ut fait prisonnier par la garnison, et ne se racheta que moyennant une grosse rançon (i). Il suivit Robert à la terre sainte, combattit sous ses drapeaux à Tinchebray, et partagea sa captivité. Le dévouement du vassal et la confiance du Suzerain étaient si bien connus que les habitants de Falaise ne consentirent après la bataille à ouvrir leurs portes qu'à l'un ou à l'autre fut donc chargé de la triste mission de livrer au vainqueur cette ville et le fils de son maître.

Il paraît qu'il entrait dans la destinée des seigneurs de Ferrières d'être toujours faits prisonniers. Nous voyons en 1136 un autre Henri de Ferrières, partisan du roi Etienne, pris devant Exmes par Guillaume Talvas. Il y avait un Vauquelin le Ferrières, contemporain de Henri II et de Richard Cœur-de-Lion , probablement père de Henri de Ferrières , l'un des signataires de l'information de 1205 , relative à la présentation aux he'néfices ecclésiastiques , et des chevaliers bannerels de la Province sous Philippe Auguste. Nous avons remarqué ci-dessus qu'en 1267 l'archevêque Eudes Rignault , faisant sa visite pastorale dans cette partie de la province, dîna le second jour des ides de janvier dans le manoir du seigneur Henri de Ferrières , à Ferrières.

Nous exposerons ailleurs, avec plus de détail, ce que nous connaissons de la généalogie assez confuse de la maison de Ferrières, et de l'histoire de leur prieuré du Bosctnorel ou BoscMoret. Les biens de cette famille éprouvèrent un grand accroissement par le mariage de Jean de Ferrières, deuxième du nom, avec Jeanne de Préaux, qui, après la mort de ses six frères et sœurs, lui apporta les baronnies de Préaux, Dangu et Thury. Jean IV , leur arrière petit fils , y ajouta celle de la rivière Thibouville et autres, par son mariage avec Jeanne de Tilly . Après ce seigneur, les immenses propriétés de la famille se divisèrent. Tandis que Guillaume de Ferrières, son troisième fils, hérita , après la mort de l'aîné des fiefs qui provenaient de la maison de Préaux , Ferrières et Chambrais échurent, avec la rivière Thibouville , aux enfants de Jean de Ferrières, prêtre et protonolaire du saint siège ; et quoique leur légitimation par la Cour de Rome n*eût été admise à l'échiquier de Normandie en 1507 que pour les deux aînées, ce fut Françoise, la troisième, qui les porta à Antoine d'Arecs, seigneur de la Bastie , vice-roi d'Ecosse ; de là ils passèrent dans la maison des Ursins , par le mariage de Charlotte d'Arces , veuve de Louis d'Humières, leur fille unique et héritière, avec Gilles des Ursins, puis dans celle de Gonflant, par le mariage de Charlotte des Ursins avec Eustache de Conflant, vicomte d'Auchy. Eustache de Confiant, petit-fils de ce dernier , vendit, le 25 janvier 1655, la baronnie de Ferrières à Charles Leconte de Nonant, seigneur de Bouffay et vicomte de Beaumonl-le-Roger ; vendue de nouveau , le 28 avril 1682 , par Jacques Duplessis , au marquis de Chatillon, puis à messire Arnauld, chevalier, marquis de Pompone ; puis le 6 septembre 1706 , par Nicolas Simon , fils aîné de ce dernier, à messire François , comte de Broglie , et à dame Thetèse-Gilette Locquet de Grandville , sa femme , elle fut érigée en duché' sous le nom de Broglie, au mois de juin 17/12, et continue d'appartenir à cette famille.

Les seigneurs de Ferrières devaient cinq chevaliers au duc de Normandie, et ils avaient le droit d'en prendre à leur service quarante-deux trois quarts et quatre complètement armés (i). Ils avaient le second rang à l'échiquier parmi les barons du baillage d'Evreux. Leur mouvance était fort étendue ; ils prenaient le titre de premiers barons fessiers de Normandie, ce qui, d'après la signification bien constante de ce mot annonce qu'ils possédaient ou les principales, ou les plus anciennes forges de la Province, et peut-être l'un et l'autre. Outre celle qui existe encore à Ferrières, et qui lui avait fait donner «on nom antérieurement au XIe. siècle , il y avait à Chambrais un fourneau pour la fonte du minerai , et plus anciennement , dans tout le voisinage , de petits établissements sédentaires ou mobiles du même genre, dont quelques-uns paraissent remonter à une époque bien antérieure à la domination normande. Ainsi que pourrait le penser en voyant le Moulin de Prey qui fut érigé avant le XI ème siècle pour les plus anciennes fondations.

Photos Aérienne du Moulin de Prey Crédit photo A.M.B