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Le Sphinx de l'Epilobe suite 2

Le Sphinx de l'Epilobe Proserpinus proserpina Imago

Les premiers états

La chenille vit généralement sur les Epilobes (surtout Epilobium hirsutum et E. angustifolium), plantes des milieux humides, mais aussi parfois sur les Onagres (ou Oenothères), qui affectionnent plutôt les terrains alluvionnaires ou les remblais. Grâce à cette seconde plante nourricière, l’espèce peut donc se rencontrer au voisinage des villes. D’autres plantes ont également été citées, plus exceptionnellement, comme la Salicaire (Lythrum salicaria). L’originalité de la chenille est de ne pas faire comme les autres chenilles de sphinx, elle ne porte pas (le scolus) l’appendice caudal en forme de corne. Parfois dans certains ouvrages on verra que la chenille du Sphinx de l’Epilobe est la seule dans ce cas en France, ce qui est faux. La chenille du Sphinx Chauve-souris (Hyles vespertilio) ne porte pas non plus cette « corne ». MAIS ATTENTION : dans certaines régions les deux Sphinx dépourvus de « corne » cohabitent et les chenilles peuvent se rencontrer en même temps sur les mêmes plantes nourricières (généralement l’Epilobe à fleur de romarin). Pour anecdote, la chenille du Sphinx de la Vigne n’est pas rare sur les Epilobes (mais on la reconnaîtra par sa petite corne). Les oeufs sont pondus isolément, sur la plante nourricière, en plein vol. Il n’est pas rare que la femelle dépose plusieurs oeufs sur le même plant, généralement sur le dessous des feuilles. La jeune chenille, verte et sans corne, se confondra parfaitement avec les tiges florales de la plante hôte. Elle se nourrira essentiellement la nuit. A l’avant-dernier stade, elle présente sur les stigmates des points noirs bien marqués. Ce n’est qu’au dernier stade que l’espèce arbore sur son segment anal, en lieu et place de la « corne » sphingidienne, un petit disque corné caractéristique, orné d’un point noir en son centre. Arrivée à sa taille maximale, la chenille est assez imposante (environ 6 centimètres). La couleur la plus courante est le gris sombre, avec des flancs plus clairs, à l’exception de cercles foncés qui entourent les stigmates. Mais il existe aussi des formes vertes, ou gris-vertes. On retrouve d’ailleurs cette variabilité chez la plupart des espèces de Sphingides La chenille à terme se cache dans la journée au sol ou dans les parties basses de la plante, se nourrissant toujours de nuit. Elle est souvent observée lorsqu’elle déambule à la recherche d’un endroit pour se nymphoser. Elle se chrysalide dans le sol, ou à même le sol sous des feuilles sèches. Si elle ne donne pas lieu à une seconde génération, la chrysalide hiberne. Il n’est pas exceptionnel d’ailleurs qu’elle reste en sommeil deux hivers consécutifs. Et je rappelle qu’il vaut mieux éviter de la toucher, non pas qu’elle soit toxique mais elle risque de ne jamais donné d’imago.

L’espèce est-elle menacée ?

En fin de compte, le Sphinx de l’Epilobe n’apparaît pas comme une espèce menacée. Au contraire, il fait preuve d’une assez bonne plasticité écologique (capacité à s’adapter à différents milieux). Par son corps robuste et son vol rapide, il dispose d’une bonne capacité de dispersion pour établir de nouvelles colonies. On le considère de par ce fait comme un « semi-migrateur ». On peut donc se demander si ses populations de l’extrême nord du pays sont permanentes, ou simplement alimentées de façons irrégulières par des migrations. De plus il semble que les citations de cette espèce soient de plus en plus nombreuses et fréquentes. Au cours des dernières décennies, il a été cité pour la première fois de Belgique, du Royaume-Uni, et de Corse, et il est mentionné comme espèce nouvelle dans les mises à jour récentes de plusieurs inventaires départementaux. Le réchauffement climatique favorise- t-il cet insecte ? En tout cas, certaines régions d’Allemagne n’ont pas hésité à retirer ce Sphinx de leurs listes d’espèces menacées, où le papillon avait tout d’abord été inscrit. Il n’en reste pas moins vrai que les populations de l’espèce peuvent être localement mises en danger par des projets d’aménagement entraînant l’assèchement de zones humides, l’intensification du trafic routier présente un gros risque majeur pour les chenilles en quête de lieu pour la nymphose ou pire la disparition partielle ou totale des prairies fleuries.Chenille ®